D'après une analyse novatrice, la pénurie d'eau mondiale menacera la production alimentaire si des mesures immédiates ne sont pas prises pour remédier à ce problème croissant. Selon la Commission mondiale sur l'économie de l'eau , jusqu'à la moitié de la production alimentaire mondiale pourrait être compromise au cours des 25 prochaines années en raison d'une grave pénurie d'eau. L'analyse prévoit que la demande en eau douce dépassera l'offre de 40 % d'ici la fin de la décennie, les systèmes hydriques mondiaux étant confrontés à une pression sans précédent.
Le rapport identifie la déforestation , l'urbanisation et la destruction des zones humides comme des facteurs clés de perturbation du cycle mondial de l'eau, autant de phénomènes exacerbés par le changement climatique . Cette perturbation est d'autant plus remarquable qu'il s'agit de la première fois dans l'histoire de l'humanité que le cycle mondial de l'eau est aussi gravement déréglé. Sans une action rapide des autorités, le comité met en garde contre les menaces importantes qui pèsent sur les économies, la sécurité mondiale et les vies humaines.
Résoudre la crise de l’eau : repenser les subventions et les marchés
L'étude de la commission propose de nombreuses solutions à la crise de l'eau, soulignant l'importance des réformes face aux pénuries mondiales qui menacent la production alimentaire. Elle insiste sur la nécessité de transformer les marchés dans de nombreux secteurs, tels que l'agriculture, l'exploitation minière, l'industrie pharmaceutique, l'énergie et les semi-conducteurs . Ces industries contribuent fortement au gaspillage et à la mauvaise gestion de l'eau ; sans réforme, le problème ne manquera pas de s'aggraver.
Le rapport critique la pratique consistant à octroyer des « subventions néfastes » à des industries qui encouragent des comportements inefficaces. Par exemple, il affirme que les agriculteurs reçoivent chaque année 700 milliards de dollars de subventions qui, au lieu d'encourager des pratiques durables, entraînent une consommation excessive d'eau et la production d'eaux usées souvent non traitées . La commission recommande de remplacer ces incitations pernicieuses par des politiques encourageant la conservation de l'eau et la mise en place d'une « économie circulaire de l'eau », dans laquelle l'eau est réutilisée et gérée de manière responsable . Son programme en cinq points préconise la mise en place de systèmes d'approvisionnement en eau alimentés par des énergies durables, l'utilisation appropriée de l'intelligence artificielle dans la gestion de l'eau et la garantie qu'aucun enfant ne meure des suites d'une consommation d'eau insalubre d'ici à 2030.
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« Eau bleue » contre « eau verte » : comprendre la véritable valeur des ressources en eau
L'étude intitulée « L'économie de l'eau : valoriser le cycle hydrologique comme bien commun » souligne que les gouvernements du monde entier ont surestimé la gravité de la menace. Si chaque être humain a besoin d'environ 100 litres d'eau par jour pour son hygiène et sa santé de base, la demande supplémentaire liée à l'alimentation, à l'habillement et aux autres produits de première nécessité porte ce besoin à un chiffre impressionnant de 4 000 litres par personne et par jour . Ce chiffre met en évidence l'énorme pression exercée sur les ressources en eau mondiales, d'autant plus que près de trois milliards de personnes souffrent déjà de pénurie d'eau et que deux milliards n'ont pas accès à l'eau potable.
Le rapport établit une distinction entre « eau bleue », provenant des lacs et des rivières, et « eau verte », issue de l’humidité contenue dans les sols et les plantes. Ces deux types d’eau sont essentiels au cycle hydrologique , perturbé par le changement climatique, les modifications de l’utilisation des terres et la surconsommation. La commission constate que les réserves totales d’eau (RTE) diminuent dans de nombreuses régions, malgré le recours accru à l’irrigation agricole et les risques d’inondations. Cette baisse des RTE menace plus de la moitié de la production alimentaire mondiale, alors que les deux tiers de la population mondiale vivent dans des zones où les ressources en eau s’amenuisent.
Le professeur Johan Rockström, coprésident du groupe d'experts, souligne que les précipitations, source de toute eau douce, ne suffisent plus à elles seules à reconstituer les ressources en eau . Les recherches mettent en évidence l'interdépendance des systèmes hydriques, démontrant comment les pays bénéficient des pluies générées par une végétation et des écosystèmes sains dans les régions voisines. Ce lien souligne l'importance de considérer l'eau comme une norme mondiale essentielle à l'économie globale.
L’impact économique du problème de l’eau est considérable : la diminution des ressources en eau devrait amputer le PIB mondial de 8 % d’ici 2050. Les pays à faible revenu pourraient subir des pertes de PIB allant jusqu’à 15 % . Toutefois, la commission considère cette crise comme une opportunité de transformation. Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’ Organisation mondiale du commerce et coprésidente du groupe d’experts, estime qu’une juste valorisation de l’eau est essentielle pour reconnaître sa rareté et ses multiples avantages pour les économies et les sociétés.
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